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Huawei Nouveau coup dur pour le gant chinois des tlcoms
 
 
Mise à jour : 09-12-2018
 
Le mastodonte chinois Huawei, déjà ostracisé par nombre de gouvernements, subit un nouveau coup dur avec l'arrestation au Canada de sa directrice financière, fille du fondateur de l'équipementier en télécoms. L'arrestation, à la demande des États-Unis, intervient dans un climat très tendu entre Pékin et Washington.
Elle apparaît comme un nouveau round du bras de fer entre Américains et entreprises de technologie chinoises, dont un autre géant, ZTE, a pâti cette année. La responsable du groupe, Meng Wanzhou, a été arrêtée à Vancouver le 1er décembre, le jour même où les présidents américain et chinois, Donald Trump et Xi Jinping, convenaient d'une fragile trêve dans leur guerre commerciale. 
Les États-Unis ont requis son extradition car ils soupçonneraient Huawei, entreprise privée et non cotée, fondée en 1987 par un ex-ingénieur de l'armée chinoise, Ren Zhengfei, 74 ans, d'avoir enfreint les sanctions américaines contre l'Iran. Le sénateur américain Ben Sasse s'est réjoui sur sa page internet de l'arrestation de la responsable "d'un géant chinois des télécoms ayant violé les sanctions contre l'Iran".
La Chine a fermement protesté de l'innocence de Mme Meng et exigé sa remise en liberté, menaçant de "prendre toutes les mesures pour résolument protéger les droits et les intérêts légitimes des citoyens chinois".
Si l'incident "ne devrait pas" empêcher les négociations commerciales bilatérales prévues la semaine prochaine à Washington, il va contribuer à "affecter l'atmosphère de ces discussions et en amenuiser les chances de succès", estime le cabinet de conseil Eurasiagroup, dans une note.
Cette affaire "constitue une escalade nouvelle et majeure dans une suite d'efforts des États-Unis pour que les entreprises chinoises soient tenues responsables de violations de la loi américaine, parfois vieilles de plusieurs années", souligne-t-il.
 
Revers en cascades 
En avril, Washington a prohibé toute vente de composants électroniques américains à ZTE pour sanctionner le groupe chinois d'avoir violé des embargos contre l'Iran et la Corée du Nord.  Fautes de puces, ZTE et ses 80.000 employés avaient alors dû cesser la majeure partie de leurs activités. Le conflit s'est soldé avec le paiement par ZTE d'une amende d'un milliard de dollars. Si les violations des sanctions par Huawei, numéro deux mondial des Smartphones, sont avérées, "cela fera comme avec ZTE mais avec encore davantage d'impact vu la taille de Huawei", prévoit Kitty Fok, directrice générale du cabinet IDC (recherche). Plus généralement, certains élus du Congrès américain voient dans les entreprises chinoises une "menace pour la sécurité des États-Unis".
"Parfois, l'agression chinoise est explicitement soutenue par l'État et, parfois, elle est blanchie à travers bien des entités soi-disant du secteur privé qui sont dans le même lit que le Parti communiste de Xi", affirme Ben Sasse. 
"La Chine travaille avec créativité à miner nos intérêts de sécurité nationale. Les États-Unis et leurs alliés ne peuvent rester sur la touche", estime-t-il.
Le gouvernement américain a demandé officiellement en début d'année à ses opérateurs télécoms de ne pas s'équiper de produits chinois. Et il fait pression pour que le Canada ne s'engage pas avec Huawei pour le déploiement de la 5G (internet mobile à très haut débit), selon le journal canadien Globe and Mail.
Tout cela "va avoir un impact direct sur Huawei dans la 4G et la 5G et sur ses affaires", commente Mo Jia, analyste chez Canalys. L'équipementier, devenu un leader mondial, a essuyé une pluie de revers dernièrement, certains occidentaux ou asiatiques lui fermant leurs réseaux de 5G, jugés trop stratégiques. Dernier en date, le groupe britannique de télécoms BT a annoncé mercredi qu'il se défaisait d'équipements du chinois en téléphonie mobile. Précédemment, l'Australie avait exclu Huawei et ZTE du déploiement de la 5G, puis la Nouvelle-Zélande a invoqué une incompatibilité technologique pour écarter l'entreprise de Ren Zhengfei.
Mo Jia souligne que jusqu'à présent les restrictions frappant Huawei émanent principalement "de pays anglophones ou proches des États-Unis comme le Japon et la Corée du Sud".  "Mais si les opérateurs français ou allemands devaient s'y joindre, cela aurait des conséquences profondes et durables" sur le chinois, ajoute-t-il.
 
Colère de Pékin 
La Chine s'est insurgée jeudi contre l'arrestation au Canada, sur demande des Etats-Unis, d'une haute dirigeante du géant chinois des télécoms Huawei, une affaire qui pourrait perturber la récente trêve dans la guerre commerciale Pékin-Washington.
"Meng Wanzhou a été arrêtée le 1er décembre à Vancouver. Les Etats-Unis réclament son extradition et une audition pour sa remise en liberté conditionnelle doit avoir lieu vendredi", a indiqué mercredi le ministère canadien de la Justice. Des informations de presse affirment que Washington soupçonnerait Mme Meng, la directrice financière de l'entreprise, de violation des sanctions américaines contre l'Iran. Huawei est un leader mondial des smartphones et des équipements télécoms. L'annonce de cette arrestation intervient après l'annonce ce weekend d'une trêve dans la guerre commerciale sino-américaine, à l'issue d'une rencontre entre les présidents Donald Trump et Xi Jinping, en marge du G20 en Argentine. "Nous exigeons des deux parties (Canada et Etats-Unis) que des clarifications nous soient fournies au plus vite quant aux motifs de cette détention", a martelé jeudi lors d'un point presse le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang.
Il a demandé la remise en liberté "immédiate" de Meng Wanzhou. L'ambassade de Chine au Canada avait déjà indiqué dans un communiqué diffusé plus tôt que Pékin avait "protesté avec force" contre cette interpellation d'une citoyenne chinoise "n'ayant violé aucune loi américaine ni canadienne".
 
'Pas au courant' 
Huawei a pour sa part indiqué n'avoir aucune connaissance d'acte répréhensible de la part de sa directrice financière. "La compagnie a reçu très peu d'informations en ce qui concerne les accusations et n'est pas au courant d'un quelconque méfait de la part de Mme Meng", a indiqué l'entreprise dans un communiqué. "Huawei respecte toutes les lois et réglementations en vigueur, y compris les lois et réglementations en matière de contrôle des exportations et de sanctions, adoptées par l'ONU, les États-Unis et l'Union européenne." La nouvelle de l'arrestation a fait plonger jeudi les Bourses asiatiques, notamment chinoises: Shanghai a chuté à la clôture de 1,68%, Hong Kong de 2,47%.
Mme Meng est la fille de Ren Zhengfei, fondateur de Huawei en 1987, et ancien membre de l'armée chinoise. En avril, le quotidien Wall Street Journal avait rapporté que la justice américaine avait ouvert une enquête pour établir si la dirigeante avait enfreint les sanctions américaines contre l'Iran. Les autorités américaines soupçonneraient Huawei d'avoir exporté depuis 2016, au moins, des produits d'origine américaine vers l'Iran et d'autres pays visés par des sanctions américaines, en violation des lois des Etats-Unis. Un autre géant chinois des télécoms, ZTE, a été lourdement sanctionné cette année par l'administration Trump pour avoir enfreint l'embargo américain visant Téhéran.
 
Déboires 
Washington avait interdit à la mi-avril toutes les ventes de composants électroniques américains à ZTE. Elle avait dû cesser la majeure partie de ses activités, mettant en péril sa survie. L'entreprise s'en était finalement sortie en payant une amende d'un milliard de dollars. Le gouvernement américain a demandé officiellement en début d'année à ses opérateurs télécoms de ne pas s'équiper de produits chinois.  Plusieurs élus du Congrès à Washington voyaient notamment dans Huawei "une menace pour la sécurité des Etats-Unis", invoquant des rapports du groupe "avec le Parti communiste chinois ainsi qu'avec les services de sécurité et de renseignement chinois". La croissance explosive de l'équipementier se heurte aussi désormais à l'écueil géopolitique, certains acteurs occidentaux ou asiatiques refusant de le laisser s'installer dans leurs réseaux 5G, qui ont un caractère stratégique.  Durant l'été, l'Australie a à son tour exclu Huawei du déploiement de la 5G, estimant que "l'implication de fournisseurs susceptibles d'être soumis à des décisions extrajudiciaires d'un gouvernement étranger" constituait un risque, suivie par la Nouvelle-Zélande en novembre, officiellement pour incompatibilité technologique.
 
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